La culture de la canne
La canne à sucre était déjà connue à l’état de roseau sauvage des milliers d’années avant Jésus-Christ, en Asie plus particulièrement. Les hindous et les chinois, pour désigner le sucre de canne cristallisé, utilisaient le terme sanscrit « sarkara » qui deviendra le radical de « sucre » dans les langues indo-européennes.
Christophe Colomb importa la canne à sucre aux Antilles dès 1493. Aujourd’hui, la canne est le produit de l’hybridation de plusieurs espèces – la sauvage Saccharum robustum de Nouvelle Guinée ; la rustique Saccharum spontaneum, plus résistante aux cyclones grâce à ses profondes racines, ou encore, la noble Saccharum oficinarum plus riche en sucre. Elle est sélectionnée selon les données écologiques de chaque région et les objectifs d’exploitation.
*LE RHUM AVANT LE RHUM
Dans son histoire générale des Antilles (Paris, 1667-1671), le Père Du Tertre est le premier à évoquer une boisson qui peut s’adapter à l’ancêtre du rhum.
Quelques décennies plus tard, le père Labat évoque une boisson à consommer couramment : « l’eau de vie de cannes » également appelée « guildive », (de l’anglais « kill devil » ou « tafia ».
Le mot « rum » ou « rhum » dérive de « brum », mot provenant des Antilles britanniques et de Malaisie –« brum » y désignant une liqueur spiritueuse.
Aujourd’hui, suivant la matière première utilisée on distingue essentiellement deux types de rhums : le rhum agricole, fabriqué dans neuf distilleries sur dix, et qui représente 4/5e de la production martiniquaise. Et le rhum de sucrerie obtenu par la fermentation des mélasses provenant de la fabrication de sucre de canne. La Martinique en produit deux qualités : le rhum traditionnel, après une fermentation courte ; et le rhum de Grand Arôme, au terme d’une fermentation longue et spécifique.
La distillerie La Favorite, fondée en 1842, est l’une des deux dernières distilleries indépendantes et familiales de la Martinique.
C’est en 1905 que la famille DORMOY a racheté cette distillerie et l’a modernisée avec la machine à vapeur toujours en service de nos jours.
Aujourd’hui, elle est la seule distillerie à fonctionner encore complètement à la vapeur.
Par le savoir faire et la passion transmis de génération en génération, la famille DORMOY continue de distiller environ 600 000 de litres de rhum par an dans le plus grand respect de la tradition Martiniquaise.
André Dormoy a été l’un des précurseurs de l’AOC qu’il a obtenu après 25 années.
Il aura fallu plus de deux décennies pour que ce soit reconnue l’originalité du rhum agricole, très spécifique par son arôme, sa saveur et ses procédés de fabrication. Le premier pas fut accompli lors de l’obtention en 1973 d’un "label rouge" – label de qualité regroupant les producteurs et exportateurs des rhums de la Martinique (A.P.E.R.A.M). Mais seule l’attribution A.O.C. pouvait conférer au rhum agricole de Martinique la reconnaissance de son authenticité. La première demande d’A.O.C. date de 1974. Mais le décret relatif à l’Appellation d’Origine Contrôlée "Martinique" n’a finalement été publié que le 5 novembre 1996.
Depuis le mois de mars 1997, toutes les distilleries ayant obtenu l’agrément de leurs stocks peuvent désormais se lancer sur un marché porteur d’espoirs, mais semé d’embuches : en effet, le décontingentement des rhums A.C.P. fait peser une grave menace sur les rhums martiniquais. Gageons cependant que la Martinique saura affronter cette concurrence grâce à la production de qualité dans laquelle elle s’est engagée avec l’A.O.C.
Depuis 4 générations déjà, en partant d’Henri Dormoy qui avait acheté la distillerie aux enchères en 1905 à un M. Charles Henri. A cette époque, il s’agissait d’une sucrerie que M. Henri Dormoy a transformée en distillerie agricole.
Par la suite, son fils André Dormoy a racheté la part de ses frères et sœurs afin de poursuivre l’activité familiale.
A sa mort, Paul Dormoy, son fils et actuel gérant, reprend la succession de la distillerie « La Favorite ». Son fils Franck Dormoy est rentré dans l’entreprise familiale en 2005 afin de perpétuer la tradition en apprenant ce merveilleux métier qu’est la production de rhum agricole.